Schwarz-Abrys Léon

Biographie

Léon SCHWARZ-ABRYS, né Abraham Schwarz-Abrys (1905-1990), est un peintre autodidacte et écrivain hongrois établi à Paris en 1930. Issu de l'extrême pauvreté et formé dans un hôpital psychiatrique où il apprend l'écriture et le dessin, il développe une technique singulière utilisant allumettes et clous qui lui vaut le titre de "peintre cloutiste". Réfugié à Sainte-Anne de 1943 à 1944, il peint des portraits d'êtres asilaires et publie en 1950 son roman autobiographique "L'âne ne monte pas au cerisier".
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Né dans une famille de douze enfants dont le père est ouvrier agricole, il grandit dans une misère extrême où trois de ses frères et sœurs meurent de faim et deux se suicident. Sans scolarisation, il est interné successivement dans une maison de correction puis un hôpital psychiatrique où il acquiert paradoxalement les rudiments de l'écriture et du dessin.

Arrivé en France, il enchaîne les métiers de subsistance : ouvrier dans une aciérie, employé d'usine de caoutchouc, plongeur en brasserie, peintre en bâtiment et décorateur, tout en développant sa pratique artistique. Il épouse Irène Setruk le 2 décembre 1937, union qui l'accompagne jusqu'à la fin de sa vie.

Sa première exposition au Salon des Indépendants en 1939 révèle son style unique incorporant allumettes et clous dans ses compositions. Engagé volontaire durant la guerre, il est fait prisonnier puis libéré par erreur. Le 30 mars 1943, en pleine période de déportation des Juifs européens, il trouve refuge à Sainte-Anne où il séjourne jusqu'au 21 août 1944, peignant des portraits poignants d'êtres désespérés.

L'année 1950 marque sa double émergence littéraire et artistique avec la publication de son roman et sa participation à la Première exposition d'art psychopathologique. Ses œuvres, comparées à celles de Céline, Miller et Artaud, interrogent sur la nature de son internement : refuge calculé ou réelle pathologie ?

L'incident de janvier 1953, où il frappe Madame Paul Pétridès et comparaît en justice, alimente sa réputation sulfureuse. L'exposition "Schwarz-Abrys - vingt toiles sur la folie" organisée par Samedi Soir en mai-juin 1953 exploite cette fascination morbide de l'époque pour la création aliénée.

Ses dernières décennies voient une diversification thématique : paysages de Saint-Affrique (1955), épaves bretonnes, chevaux, portraits du "peuple du Panthéon" (1959), paysages corses (1960) et irlandais (1964). À partir de 1970, il s'isole progressivement, ses dernières apparitions publiques datant de 1988 pour dédicacer une monographie. Sa mort en 1990 clôt un parcours marqué par l'ambiguïté entre authenticité créative et simulation stratégique, questionnement qu'il résume lui-même : "j'admets une certaine fêlure, d'un genre inconnu des psychiatres".